Notre dojo…

Notre dojo…

…Le dojo, c’est ce lieu hors du temps où l’on pratique un des arts martiaux japonais, le judo qui est la voie de la souplesse et le kendo qui est la voie du sabre, le karaté qui est la main vide et le kyudo qui est le tir à l’arc, les arts de la main nue et les arts des armes, du sabre, du bâton et de la lance, mais aussi la méditation et la calligraphie et puis l’art du thé, car, proprement, le dojo c’est le lieu de la voie, l’endroit où l’on étudie la voie, ce caractère qui se prononce « do » et qui est constitué de la clef du pied et de la clef de la tête.. Le chemin, la voie, c’est la pensée active… Nous, nous pratiquons l’aïkido. C’est un art qui est voie et union des énergies et notre dojo à nous, c’est bien plus que quelques tapis dans une salle de sport, un enseignant réputé ou quelques pratiquants reconnus, une calligraphie au mur, une photographie mythologique, des pratiques ésotériques et des vêtements exotiques. Notre dojo à nous, c’est l’addition de chacun de ses pratiquants, c’est d’abord un espace ouvert à la rencontre, séance après séance, un lieu où, avec la patience des saisons et la ténacité des longs chemins, se retrouvent chaque semaine, des personnes qui se seraient ignorées ailleurs. Notre dojo, c’est un athanor, une cornue où se distille le meilleur de chacun pour y rencontrer le meilleur de tous, où les particularités des pratiquants sont ces différences qui font notre ressemblance, où chacun va travailler avec tous, les grands et les petits, ceux qui ont débuté hier et ceux qui ont rencontré le tatami il y a quarante ou cinquante ans, les enfants et les adultes, les femmes et les hommes… En aïkido, il y a une douzaine de techniques et une douzaine d’attaques, des armes, des dizaines de combinaisons, et, selon que vous soyez grand ou petit, rapide ou lent, des centaines de possibilités de travailler, mais il y a une unicité de chacun et c’est cela qui nous intéresse : travailler les principes universels à travers la spécificité de chacun, l’attitude et la distance, l’esquive et la coupe, l’attention et la détente, la vigilance et la centration. Certains pratiquants viennent quelques semaines, quelques mois, d’autres une saison, d’autre ont pris coutume de se ressourcer dans nos échanges depuis des années, des dizaines d’années. Chacun y apporte ce qu’il a pu trouver, découvrir, chacun, même pour quelques heures a construit notre dojo, il en fut sans le savoir l’architecte et le maçon, et l’habitant et l’hôte et, s’il n’avait pas été là, il nous aurait manqué. En entrant dans le dojo, en sortant du dojo, l’usage est de saluer en s’inclinant, non pas dans une quelconque religiosité exotique mais pour remercier ceux qui ont bâti ce dojo immémorial, ceux qui y travaillent, la longue lignée de ces voyageurs sans bagage, de ces vagabonds d’une éternité de l’instant. Notre dojo, venez donc en pousser la porte, vous nous enrichirez de toutes vos différences, nous nous polirons de nos pratiques mutuelles.

(article intégral dont un extrait est publié dans Canéjan Magazine)

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